Un tournant énergétique… qui tourne mal
L’Association des entreprises électriques suisses (AES) vient de tirer la sonnette d’alarme : selon elle, la sécurité de l’approvisionnement électrique, en particulier durant l’hiver, serait menacée. En réponse, ses experts ont élaboré quatre scénarios. Leur préférence va vers l’option « plus d’éolien », comme si l’industrialisation du paysage devenait désormais une évidence. Mais cette fois, l’ampleur de leurs ambitions dépasse l’entendement.
Dans le scénario privilégié, la production hivernale devrait atteindre 15,1 TWh pour le semestre d’hiver. Sachant qu’en moyenne, les éoliennes suisses produisent environ 60 % de leur électricité durant cette période, cela reviendrait à porter la production annuelle à quelque 25 TWh — soit six fois l’objectif fixé par la Stratégie énergétique 2050 pour l’éolien.
Ces chiffres ne sortent pas du néant : ils coïncident avec les estimations maximales du potentiel éolien suisse calculées par l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) en 2022, qui évoquait un plafond théorique de 29,5 TWh/an. L’OFEN avait précisément calculé le nombre d’éoliennes nécessaires pour atteindre un tel niveau : 4’439 machines à l’échelle du pays.
Pour l’Arc jurassien, cela représenterait 1’173 éoliennes.
Le lobby des producteurs d’électricité s’est-il seulement demandé ce que signifie concrètement une implantation de 1’173 éoliennes sur l’Arc jurassien ? Tout indique que non. Pourtant, c’est bel et bien vers cette « réalité » que nous avançons, à grands pas, au fil de décisions parlementaires successives et de jugements de tribunaux déconnectés du terrain et qui valident quasi systématiquement les projets éoliens, malgré leur contradiction flagrante avec le mandat constitutionnel de protection de la nature et du paysage.
Il est temps de mesurer lucidement l’ampleur de ce qui nous menace : 1’173 éoliennes disséminées sans relâche sur l’une des dernières régions préservées du pays. C’est transformer notre cadre de vie en un vaste parc industriel. C’est renoncer à un patrimoine paysager irremplaçable pour une production dont la contribution — dépendante de la météo et impossible à piloter — reste loin d’être la solution miracle annoncée.
Une transition énergétique menée contre la population n’a aucun sens. Imposer l’industrialisation d’un territoire malgré celles et ceux qui y vivent, c’est fragiliser l’adhésion indispensable à toute politique durable. La transition doit être un moment de lucidité, pas d’aveuglement.
Vers le rapport de l’AES: lien






